Bernard Di SCIULLO

Peintre

Bernard Di Sciullo ''voiture''  huile sur toile 1998>

Bernard Di SCIULLO

6 rue de la Citadelle
94230 Cachan

Tél : 01 46 64 66 89

Né en 1930

BIOGRAPHIE

1964 Lourdes 64. Exposition d'Art Sacré.
1965 Première exposition particulière.
1960-1965 Les peintres et la nature en France
        depuis l'impressionnisme (musée de Saint Denis).
1967 Exposition avec le peintre Lardeur et le sculpteur Gillet.
        De la lune.
1964-1967 Expositions aux galeries Raymond-Creuze,
        avenue de Messine et rue Balzac.
1969 Exposition particulière à la Maison de la médecine.
1970 Diverses expositions avec le groupe des peintres
         et sculpteurs italiens de France.
1973-1974 Expositions particulières organisées par J-P Simon
         à l'espace Ford (Etoile),
         àl'hôtel Méridien (porte Maillot).
1977 Exposition particulière à l'aérogare d'Orly.
1978 Groupe de cinq peintres nommé « Nuit blanche ».
1979 Exposition particulière à la galerie « Nuit blanche »,
         à Montmartre.
1970-1980 Salon Grands et Jeunes d'aujourd'hui.
1972-1974 Art Sacré de Rocamadour comparaisons.
1972- 2004 Salon Réalités Nouvelles.
1975-1985 Salon de Mai.
1985- 2004 Biennales de Cachan
1988 Exposition galerie Parcours, rue Madame (associative).
1989 Exposition particulière à Usine-Studio, rue de Bagnolet.
1990 Exposition particulière galerie « Art et Communication »,
        Paris 6ème.
1990-2003 Biennales Groupe 109, Grand-Palais.
1991-2003 Exposition particulière au château Beauséjour-Bécoh
        Saint Emilion
1995 Exposition particulière galerie « Art et Communication »,
         Paris 6ème.
2000 Exposition particulière galerie « Art et Communication »,
        Paris 6ème.
2004 Oct Exposition particulière Orangerie de Cachan,
        les masques : « dans l'oeil de la palette

TEXTES :

Bernard di Sciullo, une vigueur exquise.
Il est à Cachan un homme qui est peinture, et n'est que peinture. Si quelqu'un, traversant la cohue d'un vernissage de Biennale, laisse un enêtant sillage de térébenthine et de lin derrière lui, ce n'est autre que lui, Bernard di Sciullo, tombé de naissance croirait-on dans l'huile comme d'autres dans la potion magique.
Il y a d'ailleurs du sorcier en lui, aussi sûrement que l'huile est pratique sorcière, alchimie de l'ambre et de l'obscur, du feu et du fluide.

La peinture de Bernard di Sciullo ? De grands visages, tous féminins, érigés sur des toiles à taille humaine, et triturés, malmenés, tourmentés - comment dire ?- bousculés voire attaqués par la couleur. A gros traits, parfois longs, parfois secs, noirs de jais ou traînées de Prusse, à coups de taches, de giclures, d'arabesques, rose crème et rose panique, assauts d'ocre sourd ou de rouge sombre, bref : des figures violemment prises à parti par la peinture. Peinture violente, donc ?

Le risque est grand, en effet, de ne voir là que violence - exercée contre le visage - et, s'arrêtant à cette agression, de passer outre.
De passer à côté d'un art qui fait de la vigueur un emploi et une vertu si constants qu'on ressort de sa contemplation, si peu qu'on s'attarde, proprement revigoré.

Et, si l'art est la vraie santé, de rater une leçon de vitalité.

D'où provient que cette peinture, d'emblée, nous apostrophe ? Qu'on en prend « plein la gueule » ? Denis Fernandez-Recatala, dans l'essai qu'il consacre au peintre (Bernard di Sciullo ou les faveurs de la peinture, éditions La Dispute), dit qu'un soir « ses tableaux nous traumatisèrent au point de ne plus jamais nous quitter ».
Traumatisme : oui, au sens d' « émotion violente qui modifie la personnalité du sujet en le sensibilisant aux émotions de même nature » (Robert), un impact qui est la marque, souvent, des oeuvres décisives.

Je fus un jour (Portes ouvertes de Cachan) happé par cette peinture, et suis resté fidèle à sa force.
Mais il faut, dépassant la simple stupeur, pousser l'examen plus loin.

Des visages donc, mais pas grandeur nature - gigantesques. De la taille du corps humain. De là vient que ces visages nous saisissent physiquement, à bras le corps. Ce qu'on voit d'abord du visage, c'est le rouge.
Qui exige tout pour lui ; qu'on n'ait d'yeux, de coeur (ou de haut le coeur) que pour lui. Rouge - qui sait - de sang ?
De cette habitude du regard - rouge sur figure implique sang - vient le piège. Car l'analogie s'arrête aussitôt : ce rouge est pure animation du pinceau, pur élan - geste, je crois, d'une véhémence de peintre attaché à dire sans merci la passion intérieure qui l'habite face à la figure humaine, féminine en l'occurrence.

Voir la manière dont Dostoievski décrit les émotions de ses personnages féminins : paroxysmes de la rougeur ou de la pâleur.
Le sanglant du rouge est un leurre comme est un leurre la réserve de Bernard di Sciullo : l'homme est timide, mais sa peinture sans timidité aucune. Rageuse, courageuse. Or on sait que la pudeur est souvent le fard des êtres les plus enflammés. Que cette peinture soit violente - ou viol - je le récuse.
Ce qui fait violence, je crois, c'est de recevoir une telle passion, et sans ménagement, en pleine figure. Je constate que cette peinture, comme celle des Espagnols - qu'il cite et révère - le Gréco, Vélasquez, Goya, Picasso, Saura, nous accule au face à face. Et nous sommes face à une face plus grande que nature, plus expressive, plus agressive qu'il n'est d'usage. D'où le choc.

Certaines figures, sans doute, sont mises à sac : larges coups de pinceaux en travers - jaune curry, safran écrasé, rouge incarnat : des gifles ? Outrages exquis de la bouche, d'un oeil, du cou, avec trous noirs, roses atroces, verts émeraude, mauves touillés dans la pâte : attentat aux signes extérieurs de la féminité ? Tel ce portrait de top model, peint d'abord classique, puis nié - son artifice cravaché - il y a des icônes bafouées.

Qu'il y ait refus, déni, balafres et r&egrazve;glements de comptes - jusqu'à la disparition du visage parfois, carambolé comme d'autres de ses peintures sur le thème de la carrosserie - cela se peut.
Et ce tabou transgressé, puisque le visage est le théâtre le plus intime de notre humanité, nous perturbe encore, malgré les peintures noires de Goya, la Femme qui Pleure de Picasso ou les visages renversés de Baselitz. Bernard di Sciullo déclare commencer d'après des photos de femmes dans les magazines -« la plupart choisies par goût, rarement parce qu'elles me déplaisent ».
Il fait un portrait « classique » et puis, peu à peu ou brusquement « dérange la figure. » - véritable action painting. Beaucoup de peintures sont réalisées en une seule séance, « pour que ça reste plus frais », dit-il, afin de mener l'énergie nerveuse à son point d'exacerbation. Cependant, je ne vois dans la plupart des visages que respect - une déclaration (impétueuse certes) d'amour , conflit y compris, envers le visage féminin, peint, dépeint, poursuivi sans défaillance jusqu'à I 'aveu.
Jusqu'à l'aveu de sa « beauté convulsive ». Jusqu'à l'aveu de sa puissance - la shakti, énergie incarnée par le féminin dans la religion indienne. Jusqu'à l'aveu aussi que le secret de l'être ne peut être livré, seulement questionné. Car c'est bien de cela qu'il s'agit - et qui nous offusque de prime abord- : le visage n'est pas regardable. Nous le savons tous : on ne peut regarder quelqu'un plus de quelques secondes. Ainsi le portrait - pourtant l'obsession des peintres depuis la Renaissance - est-il acte impossible. Les grands visages de di Sciullo ne prétendent pas au portrait ; par leur extrême véhémence, ils affrontent ce terrible paradoxe : ce que nous regardons, le plus, le visage humain, nous ne pouvons pas le voir, ne le voyons pas : nous y projetons nos passions. Répulsions, attirances, élans, haines, ambivalences surtout : passions.
Cette peinture, pour moi, dit cela.
Faire face à cela, pour le peintre, le conduit, non à défigurer (comme Bacon), mais à se décharger de l'électricité émotionnelle dans et par le visage, jusqu'à en effacer les signes de ressemblance, jusqu'à ce qu'il en perde littéralement la face, à la faveur de la peinture seule : des yeux bleu d'eau battus d'oranges fatigués, ou noir vertigineux, glacis de brun léger dans la chevelure, feu sourd des ocres pour les joues, partout camaïeux de roses dont la suavité vaut celle d'une caresse, touches cendrées pour le front, et, parmi ces tons de chair jamais gueulards, souvent même exquis, tendres, voluptueux, « gourmands », les pulsations, les spasmes, les exorcismes chromatiques (brun de mars, rouge de Venise, terre de sienne brûlée ou verte) du peintre en proie à lui-même ou à son art - ce qui revient au même.

De la peinture seule donc : et de la très belle.



                                                                Simon Mars 2000


Bernard Di Sciullo portrait de femme huile sur toile collection particulière

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